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Président du Réseau des Entomologistes du Vaucluse et des Environs, Vincent Derreumaux évoque l'avenir des insectes de notre territoire.

 

 

Plus que les insectes c'est la biodiversité en général qui est en question, car tout est lié.

Comment devient-on entomologiste ?

« Un entomologiste est quelqu’un qui s’intéresse aux insectes, que ce soit professionnellement ou bien en amateur. Je suis dans ce second cas, comme la majorité des entomologistes. Il faut avant tout être curieux et amoureux de la nature. Nombreux sont ceux qui sont arrivés à l’entomologie par le biais de la photographie et plus précisément de la macrophoto, que le développement du numérique a démocratisée depuis une vingtaine d’années. Là encore, c’est dans cette situation que je me trouve. »

Vous présidez l’association REVE84. Quelle est sa vocation ?

« Le REVE (Réseau des Entomologistes du Vaucluse et des Environs) est un réseau. Le but premier est de permettre à ceux qui aiment les insectes de se rencontrer et de partager cet intérêt pour les arthropodes, car nous ne sommes pas sectaires, les amis des araignées et des mille-pattes sont nos amis aussi. Nous avons également à cœur d’améliorer la connaissance de la biodiversité locale et si possible d’aider à la préserver. Enfin, nous faisons notre possible pour sensibiliser et intéresser le grand public. »

Comment vont les insectes de notre territoire ?

« Diverses études, relativement alarmantes, ont montré le déclin de la biodiversité à diverses échelles. Les insectes ne font pas exception et notre territoire non plus. À mon niveau, je constate que la quantité de spécimens que l’on peut observer a nettement chuté en une dizaine d’années, depuis que je m’y intéresse. C’est inquiétant, car d’une part la stratégie de reproduction des arthropodes est basée sur le nombre, à l’inverse des mammifères et oiseaux par exemple, et d’autre part ils constituent un maillon essentiel de la chaîne alimentaire, sans parler des pollinisateurs. »

Combien d’espèces peut-on y apercevoir ? Qu’elles sont les plus représentées et les plus menacées ?

« Il n’est pas possible de préciser, même approximativement, le nombre d’espèces présentes en Vaucluse, tant c’est un domaine où il reste à apprendre, découvrir et recenser. Cela reste un département riche par sa situation méridionale et les influences alpines du mont Ventoux. Il y a probablement des espèces menacées dans tous les groupes (papillons, libellules, criquets, coléoptères, etc.) et pour diverses raisons, comme le manque de prise en compte de leurs présences, la pollution locale et le changement climatique. Toutefois, ce dernier apporte en réalité une modification et s’il tend à faire disparaître certaines espèces ou sous-espèces (taxons), il permet également à d’autres de s’étendre vers le nord. Nous pouvons citer le papillon nommé la « vanesse des pariétaires" (polygonia egea) et le criquet « œdipode stridulante" (psophus stridulus) qui ont disparu du Vaucluse. Ce dernier était encore présent au mont Serein dans les années 60, mais manifestement le développement des activités humaines lui a été fatal. »

Quelles actions de terrain menez-vous au sein de l’association REVE84 ?

« Nous tâchons de nous réunir tous les mois pour partager. En hiver, c’est en salle (exposés, réunion) et sur le terrain le reste du temps. Lorsque nous menons nos prospections, nous enregistrons nos observations qui alimentent les bases de données et participent à l’amélioration de la connaissance de la biodiversité. Nous nous efforçons aussi de répondre aux sollicitations de partenaires comme le département, le conservatoire d’espaces naturels, le Parc Naturel Régional du Luberon et le tout nouveau Parc du Ventoux, en matière d’inventaires ou d’animations par exemple. »

Comment voyez-vous l’avenir des insectes ?

« Plus que les insectes c’est la biodiversité en général qui est en question, car tout est lié. Si un maillon de la chaîne disparaît, plus rien ne tient, l’ensemble s’effondre. Et nous faisons partie de cet ensemble. Ne pas agir pour limiter notre impact sur l’environnement, c’est scier la branche sur laquelle on est confortablement installé. Nous en sommes presque tous conscients, mais notre inertie est inquiétante. J’ai parfois l’impression d’observer certains insectes pour la dernière fois, et en fait cela a manifestement déjà été le cas. »