Gilles Vève préside le syndicat mixte en charge de l'élaboration, de la mise en œuvre et du suivi du Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) dont le territoire s'étend sur 36 communes et 2 établissements publics de coopération intercommunale (La CoVe et la Communauté de Communes Ventoux Sud). Le SCoT est un document de planification qui définit à 10 ans, et plus, les grandes orientations pour l'aménagement du territoire. Il met en cohérence les politiques publiques d'habitat, de déplacement, d'équipement commercial, d'environnement, de tourisme...

Quel est l'intérêt d'un SCoT ?

C'est une démarche collective sur un très grand bassin de vie, et un travail de prospective. Souvent, quand on est élu, on est happé par le quotidien de la gestion de sa commune. Là, on prend le temps de se projeter dans 10-15 ans, et on choisit l'orientation qu'on veut donner à notre territoire à partir de son ADN. On ne réinvente pas ce qui existe déjà. On fait un travail de diagnostic important, on définit les éléments sur lesquels on peut s'appuyer pour continuer à faire progresser le territoire. On décline un certain nombre d'objectifs, le premier étant la démographie. On peut faire évoluer le taux de population, l'accélérer ou le ralentir. En fonction de ces critères, on mesure l'impact qu'ils peuvent avoir sur les logements à réaliser, les équipements structurants à mettre en place, mais aussi sur l'économie, les transports, le tourisme. L'élément central reste la gestion de l'urbanisation : dans quelles conditions va-t-on pouvoir accueillir cette population nouvelle ?"

Pourquoi un second SCoT ?

"Le périmètre a changé avec l'arrivée des communes du plateau de Sault, qui ont récemment rejoint la communauté de communes Ventoux Sud. On travaille maintenant sur un territoire de 36 communes et 916 km2. Il a aussi fallu intégrer toutes les nouvelles lois sur l'environnement. En quelque sorte, on est en train de " grenelliser " le SCoT. Ça prend du temps, ça coûte de l'argent, mais on a le recul du premier SCoT et l'expérience de son application à travers les communes et la mise en place des Plan Locaux d'Urbanisme. L'expérience est appréciable car on tire les leçons des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du premier SCoT dans nos communes."

Quelles sont les thématiques portées par le SCoT ?

"On les balaie toutes. Dans le premier SCoT, on a beaucoup travaillé sur la thématique du transport qui était le fil conducteur. On avait organisé la réflexion par rapport à l'arrivée du train à Carpentras et à la vocation de chacun des villages selon leur éloignement de la ville centre. Pour le second SCoT, le territoire s'est élargi, la thématique transport est toujours prégnante mais on se rend compte qu'il est difficile de mettre en place des transports en commun dans une zone rurale comme la nôtre et qu'ils coûtent très chers à la collectivité. Donc, il faut peut-être imaginer d'autres solutions. On en parlera dans ce SCoT, mais de façon différente. On a aussi repris la problématique de la constructibilité pour l'accueil des populations nouvelles. En lien, il y a tout l'enjeu des zones d'activités et celui du tourisme qui est un élément important de l'économie. Et bien sûr l'agriculture."

Quelles sont les attributions du syndicat que vous présidez ?

"Son rôle est de piloter la réflexion sur le SCoT, de choisir les bureaux d'études avec lesquels on travaille, d'organiser la construction des documents du SCoT et son application par les communes. C'est un document supra-communal, qui s'impose de fait à chacune des communes lorsqu'elles mettent en place leur PLU. Le SCoT est aussi en liaison avec le PLH et avec la stratégie économique du territoire. On a une vision très horizontale des choses avec une pierre angulaire qui est la démographie."


Vous qui êtes maire de Saint-Didier, le SCoT est facile à appliquer dans une commune ?

"Quand ça va bien, c'est bien ! Quand ça va mal, c'est la faute du SCoT ! Je plaisante ! Forcément, le SCoT crée des contraintes, il n'est pas à la carte. On a une vision prospective à 10-15 ans sur un territoire, et on ne peut pas intégrer dans cette vision partagée les spécificités de chacune des communes. Ça crée des frustrations car on ne peut pas appréhender les problématiques très locales au niveau du SCoT. En tant qu'élu, on aime rarement avoir un document qui nous impose sa vision des choses. On perd un peu de nos prérogatives. Par exemple, un des premiers critères est le taux de croissance démographique. Si on le définit à 1,3% comme pour le premier SCoT, ce n'est pas 2,5%. Mais, à la différence d'une loi, le SCoT est réfléchi localement. Il faut que les communes poursuivent leur développement selon leur identité, mais dans un cadre général, réfléchi et partagé par les élus qui se fixent des règles collégiales."

Quels sont les objectifs économiques du SCoT ?

"Le SCoT traduit à son compte les orientations stratégiques des EPCI (communauté d'agglomération, communes...), en termes d'objectifs économiques. Il n'a pas la compétence pour proposer des projets, mais doit les inscrire dans ses documents afin de permettre leur réalisation. Les EPCI restent libres de proposer des projets en fonction de leurs besoins, de leurs fonciers disponibles... sur le moyen ou long terme. Pour exemple, actuellement, la commune de Sarrians et la CoVe ont fait part de leur volonté de mettre en œuvre des orientations stratégiques concernant l'économie. Notre rôle est de donner une partie des moyens réglementaires pour passer ensuite à la phase opérationnelle."

En matière de développement durable, où se situe le SCoT ?

"Il intervient en permanence. Maintenant, il y a aussi tout les aspects de protection de l'environnement avec la trame bleue, la trame verte, les espaces de transition, de déplacement pour toutes les espèces. Il y a le plan paysage aussi qui est en cours de réalisation avec le SMAEMV et la COPAVO. Chacun a des objectifs différents mais la philosophie de l'étude est partagée par tous et portée conjointement, ce qui nous permet de mutualiser le travail. En matière de développement durable, dans un SCoT, qu'on réfléchisse en termes d'urbanisation et de son impact dans le futur, ou en terme de préservation, tout va dans ce sens. Sur le second SCoT, le volet biodiversité sera plus présent. On gagne en qualité d'analyse."

Quel est le calendrier pour le second SCoT ?

"On termine le plan paysage. En juillet-août, nous rencontrons les communes. La première phase de rédaction démarre en septembre. En fin d'année, le projet sera arrêté. Ensuite, il y aura l'enquête publique. On reprend tout le processus du premier SCoT pour parvenir au dossier approuvé et opposable, fin 2018."

Retrouvez le Reportage spécial L'avenir dans l'espace dans l'Intercom 78.