Professeur de nature, Pierre Peyret conjugue les talents d’un Jean-Henri Fabre et d’un coach sportif. Avec lui, tout marche : les jambes et la tête. Son bureau sent la sarriette, la farigoule, l’huile de cade et ses leçons de choses, si particulières, ont le goût du vrai.

Comment avez-vous commencé à votre activité d’accompagnateur ?

« Au départ, j’ai une formation juridique. Puis, je me suis tourné vers les métiers de la montagne avec les travaux sur cordes, en hauteur. Je suis formateur aussi dans ce domaine. C’est à l’armée, dans les chasseurs alpins à Gap, que j’ai découvert la montagne alors que je suis né à Toulon où j’ai fait du bateau pendant vingt ans. J’ai passé mes diplômes d’accompagnateur, sur le tas. Petit à petit, j’ai basculé vers l’éducation à l’environnement, l’éducation scientifique. »

Depuis quand intervenez-vous dans le Ventoux ?

« Je me suis installé dans la région dans les années 90. J’étais d’abord sur Rognonas, puis Jonquerettes, Saint-Saturnin, Monteux. Et puis un jour, j’ai dit : j’aimerais bien habiter là-haut. Je me suis installé au mont Serein, il y a trois ou quatre ans. »

Vous êtes aussi un pédagogue.

 « Il y a la saison où je travaille avec les écoles sur l’éducation à l’environnement et les sciences de la nature avec le SMAEV par exemple qui finance des actions pédagogiques sur des projets scolaires dans lesquels les enseignants intègrent une sortie nature. Là, on va travailler sur l’étagement de végétation, les plantes aromatiques, et on va sans doute parler du loup, évidemment. »

Quelles sont vos autres casquettes ?

« Je sors de dix-sept jours de séjours consacrés à la découverte de la région avec des Américains. Séjours axés sur l’œnologie. C’est une clientèle exigeante dont il faut prendre soin 24h/24. Avec mon métier, je voyage beaucoup. L’été, je ne suis quasiment pas là puisque je travaille pour une Organisation Non Gouvernementale suisse sur des séjours scientifiques en Asie centrale, sur les traces de la panthère des neiges. Je suis quand même très orienté faune et grands prédateurs. Je travaille aussi beaucoup sur le loup depuis vingt ans, sur son impact sur le pastoralisme. Et au mois d’août, j’étais à la station du mont Serein sur un programme de communication sur le sujet avec une ONG française qui s’appelle Ferus. On est venu à Bédoin pour distribuer des informations sur les marchés, on a donné des conférences. C’est un sujet sensible. »

Dans ce cas, vous sortez un peu de votre cadre de guide de montagne.

« Tout le temps. Dans la région, nous n’avons pas les Alpes. Chacun développe des produits en fonction de ses compétences. C’est l’intérêt du métier : quand je me lasse, je passe à autre chose. Là, je pars en repérage au Népal pour une ONG suisse comme j’ai déjà fait au Kirghizistan sur la panthère des neiges [en octobre 2018, date de l’interview]. D’espèce en voie de disparition, elle est passée espèce vulnérable. C’est de la prospection, on part à six. Il s’agit d’engranger le maximum d’informations sur l’accueil, la restauration, l’hébergement, les guides locaux, les partenaires scientifiques. Je suis déjà allé au Népal. Le pays a dû bien changer. »

Et en hiver ?

« C’est la saison des raquettes. Malheureusement, ici, elle diminue à vue d’œil. L’enneigement est capricieux depuis ces trois dernières années. Alors, je vais travailler ailleurs, en Suisse par exemple. Au printemps, les sorties redémarrent. Il a aussi les produits que je développe comme les « randos contes », les randos gourmandes. Je suis en profession libérale, ça part dans tous les sens. »

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

« J’adore transmettre, essayer de faire comprendre. Surtout en matière d’éducation à l’environnement, un fossé énorme s’est creusé entre l’homme et la nature, peut-être un peu moins à proximité du Ventoux. Mais je vois avec des écoles d’Avignon et même de Carpentras l’écart qu’il peut y avoir entre les peurs, la méconnaissance. On a un superbe outil de travail, plein de gamins ne sont jamais montés là-haut. Pour moi, c’est toujours un plaisir de faire découvrir. Un enfant qui connaît sa région aura envie de la protéger. Avec les adultes, j’arrête de me battre, même si je continue quand même. Avec les enfants, les adolescents, c’est plus facile. C’est un public plus réceptif, plus dans l’émotion. Je pose des graines. »

Qu’attendez-vous du parc naturel régional ?

« Après la signature de la charte, la réflexion porte sur le calendrier : quelles sont les prochaines échéances. Et là c’est parti pour le printemps prochain. On a été consulté en tant qu’accompagnateur. J’attends du parc que demain on s’appuie sur le réseau des accompagnateurs pour faire de la communication et de l’éducation à l’environnement. Mais c’est déjà le cas avec le SMAEV [Syndicat Mixte d’Aménagement et d’Équipement du Mont Ventoux] comme sur le loup. Ce n’est pas un parc national donc il n’y aura pas non plus des contraintes énormes. En ce moment, chacun est un peu sur son quant-à-soi territorial. Je vois ce qui s’est passé avec le Luberon. Avec le parc, les gens ont découvert un massif que personne ne connaissait. »

Le Ventoux se porte bien ?

« Oui, quand on sait d’où il vient. Il était extrêmement dégradé avec uniquement des milieux ouverts à part la Réserve de Biosphère Intégrale au Nord. Aujourd’hui, les gens ont envie d’aller s’y balader. Mais il y a la pression urbanistique qui pousse. Les accès routiers se développent. Donc le parc peut être un atout pour essayer de réguler et de ne pas aller à l’encontre des intérêts d’un site touristique, mais aussi du patrimoine viticole. Il faut éviter le tourisme de masse. Avec le cyclisme par exemple, on est en train de basculer. Mais globalement, le Ventoux n’est pas trop sale. »

Vous voyez les signes du changement climatiques ?

« Pour ne vexer personne, je dirai dérèglement climatique. La pyrale du buis par exemple a tué le buis sur les Dentelles dans beaucoup d’endroits. Dans le Ventoux, la chenille processionnaire est moins présente cette année, mais j’ai vu les premiers cocons dans la Réserve de Biosphère Intégrale il y a deux ans alors qu’on n’en voyait jamais là-haut à 1 400 mètres d’altitude. On a même eu des épisodes de cigales jusqu’au sommet. Ce ne sont pas les mêmes que celles qui sont en bas, mais ça veut dire que ça chante jusqu’aux pins à crochets là-haut. On a aussi des épisodes de fortes chaleurs qui ne sont plus anecdotiques sur plusieurs années. »