Chef de projet Gare numérique et Camion numérique à la Direction Développement Économique et Touristique.

Pouvez-vous nous présenter le projet de gare numérique et son importance pour notre territoire ?

« La gare numérique est un des projets phares de la Provence Créative avec les ateliers relais, Mon Premier Bureau, Ma Première Usine. La gare numérique est une association qui fédère des entreprises, petites et très grosses : McCormick, ERM, le Pôle Terralia, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, l’AFPA (formation pour adultes), le Rile, Initiative Ventoux, des réseaux d’entreprises, des lycées, des centres de formation, des particuliers. L’idée est de mutualiser des moyens techniques, des machines avec le fablab, des moyens humains et des compétences avec un fabmanager, et à terme des emplois d’animateurs, des espaces, des bureaux partagés, des salles de réunion, voire des moyens financiers. Nous cherchons à valoriser les entreprises d’ici, créer un circuit court local, pour que les gens puissent se connaître et que l’on ait une image positive au-delà du territoire. »

Depuis quand est-il sur les rails ?

« L’association est lancée depuis avril 2017 et elle compte une soixantaine de membres. On a là tous les maillons d’un écosystème. Nous, on est le premier maillon, c’est-à-dire le tiers lieu, entre la maison et l’entreprise, où peuvent se croiser des salariés, des chefs d’entreprises, des particuliers, des demandeurs d’emploi, des étudiants. Le but est de favoriser les rencontres, le partage de connaissances, notamment sur les innovations. Si quelqu’un veut aller plus loin, les structures d’accompagnement sont là pour l’aider à créer sa boite, la structurer, la financer. On a tous les maillons jusqu’à l’industrialisation. »

Comment a germé le projet, il y avait une demande de lieu ressource ?

« On a rencontré près de trois cents entreprises. On a senti ce besoin de mutualiser. Sur notre territoire, il y a beaucoup de très petites entreprises qui ne savent pas quoi faire du numérique. Plus de 70% n’ont pas de salariés, les gérants ne peuvent pas être partout. Il faut donc une structure ressource qui puisse fédérer ces compétences. La volonté politique était là aussi pour avoir un outil de développement économique local et travailler l’image du territoire. Le projet est attractif et fédérateur. »

À quel stade du projet sommes-nous ?

«  La COVe, maître d’ouvrage et financeur du projet, a finalisé le dossier de consultation des entreprises. Les appels à projet ont démarré en juillet et les travaux dans l’ancienne gare de Carpentras devraient débuter en décembre. La phase de dépollution est déjà lancée. Les travaux vont durer jusqu’en août 2019 pour une ouverture à l’automne. Il est important de comprendre une chose : la gare numérique est le lieu physique, avec ses toutes ses activités, ses espaces de bureaux partagés, son centre d’affaires, son espace formation, son atelier de fabrication numérique, le wagon restaurant et les halles du goût. Mais la structure existe déjà, ici au marché-gare. On capitalise de l’expérience avec le fablab et le camion numérique. »

Pouvez-vous nous donner des exemples précis d’application du fablab et du camion numérique ?

« Beaucoup de gens passent déjà à l’atelier. Des entreprises, des particuliers qui ont un esprit créatif et qui veulent découvrir le lieu. On a eu des luthiers, des commerçants qui viennent faire des stickers, des prototypes, des pièces à réparer. Et le camion numérique est utile pour aller faire de la promotion sur tout le territoire rural et au-delà de la CoVe. Les gens qui viennent ici sont déjà curieux. Ceux qui ne font pas cette démarche parce qu’ils n’ont pas le temps, il faut aller les chercher, pour voir leur problème, montrer ce qu’on peut faire. Et à chaque fois qu’on montre les idées fusent. »

Et pour notre territoire plutôt agricole, qu’est ce que peut faire le numérique ?

« Chacun doit venir nous voir pour comprendre toutes les possibilités du numérique. Ce n’est pas qu’un outil technologique. Ce n’est surtout pas un ordinateur, ça s’appelle de l’informatique. Le numérique est plus complexe, c’est un mode de communication différent, c’est donc un changement dans les rapports humains, dans les relations d’entreprises. Pour l’agriculture on peut très bien installer des capteurs d’humidité, d’ensoleillement, de température, faire de l’analyse, réparer des pièces cassées. Pour une cave viticole par exemple, ce sera de la personnalisation de bouteille par de la gravure. On peut aussi faire du service parce qu’au delà des machines, on peut réfléchir ensemble. »

D’où vient ce concept de fablab ?

« Les fablab sont nés aux USA au MIT [Massachusetts Institute of Technology]. L’idée était de mettre à disposition un ensemble de machines permettant de faire tout et n’importe quoi. C’était le mot d’ordre. Après, le côté écosystème, c’est en France qu’il a émergé. On a quasiment autant de fablab en France qu’aux USA et quatre à cinq fois plus qu’en Allemagne parce qu’en France on aime bien le travail collaboratif et être créatif. »