De sa passion d’enfance pour l’automobile et les intérieurs cuir cousu main, Dominique Bonfils a fait toute sa vie d’homme.

J’ai travaillé pour des ateliers de renommée mondiale. J’ai fait des voitures uniques au monde. C’est quand même prestigieux.

Comment vous êtes-vous lancé dans la sellerie ?

« J’ai démarré par passion. Passionné par la couture, le travail bien fait et par l’automobile avant toute chose. J’ai restauré ma première voiture, j’avais seize ans. Je l’ai finie à vingt ans. Et entre temps, j’ai appris à coudre pour faire mes sièges. L’aspect du point de couture sur le cuir m’a toujours séduit. À l’époque, en 1987, j’avais gagné un concours dans la revue Auto-Passion en racontant la restauration de cette Alpha Roméo. J’avais employé sept bobines de fil de lin au chinois, chaque bobine mesurait trente mètres : deux cent dix mètres de fil, tout cousu à la main. »

Comment avez-vous appris votre métier ?

« J’ai toujours pratiqué la couture par passion. Ensuite, j’ai fait une école AFPA de sellerie [à Decazeville dans l’Aveyron] orientée sellerie générale et même équestre ce qui m’a appris à coudre à la main, à faire de belles réalisations en couture traditionnelle. Mais dans cette formation, je n’ai quasiment jamais fait de sièges automobiles. Ce n’est pas là que j’ai appris mon savoir. Il est venu sur le tas à force de pratiquer. Il y a eu neuf mois de formation avec le professeur qui était compagnon. Il nous a appris les détails sur des selles, des bridons de chevaux. En appliquant ce niveau de finition au monde de l’automobile, on a de très bons résultats. »

Sur quel modèle travaillez-vous en ce moment ?

« Sur une BMW M1 moteur central, une voiture destinée à la course. Sur des véhicules très anciens et très rares, on me demande surtout aujourd’hui de mettre une patine d’usure dans les intérieurs. C’est le cas avec Ventoux Moteurs Ingénierie, Monsieur Rondoni. Sur des Bugatti, je dois mettre cent ans d’usure. Il faut tout user, les moquettes, l’aspect du cuir avec des ondulations comme s’il avait déjà servi, s’était déjà avachi. Il y a un savoir, une façon de coudre, de couper. Pour le salon Rétromobile [à Paris] l’année dernière, j’ai fait une Maserati Ghibli. J’ai eu l’intérieur d’origine très abîmé, irrécupérable. Avec le visuel de cet intérieur, je l’ai reproduit avec la même patine d’usure à tel point que quand la voiture a été présentée tout le monde a pensé que la sellerie était d’origine. »

Vous êtes tout seul pour tout faire ou vous avez des apprentis ?

« Non, c’est fini, je suis tout seul. J’ai eu des apprentis à deux reprises. Mais le niveau d’exigence est élevé sur des véhicules tellement rares et précieux. Il faut que le travail soit vraiment conforme à ce que j’attends et à ce qu’attend le client. Et amener un apprenti sur ce terrain-là est très compliqué. Il y a aussi la notoriété qui est en jeu. Je me dois de faire du beau boulot. J’ai des clients qui viennent de très loin. La Rolls-Royce qui est là-haut [sur une photo au mur], c’est celle de la maison de champagne Krug. Modèle unique au monde. C’est la carrosserie Lecoq à Paris qui me l’a confiée. C’est des chantiers qu’il ne faut pas louper. »

Comment le label Entreprise du Patrimoine Vivant vous a-t-il été décerné ?

« C’est en parlant avec Laurent Rondoni qui m’a dit : ça serait bien que tu t’occupes de ça. Depuis des années, on travaille ensemble. J’ai fait une demande. Des experts sont venus ici en atelier pour voir comment je travaillais, les particularités de mon savoir-faire. Il faut monter tout un dossier : photos, références. J’ai travaillé pour des ateliers de renommée mondiale. J’ai fait des voitures uniques au monde. C’est quand même prestigieux. Je viens de réaliser une Bugatti type 44 [1927-1931], plancher surbaissé, il n’y en a que deux au monde. En sellerie automobile, je pense être le seul labellisé. La notoriété est en place, il faut continuer à bien bosser. Être sérieux. Je suis très rigoureux concernant les délais de livraison. »

Tout ce savoir-faire, à qui allez-vous le transmettre ?

« À mon fils ou ma fille si elle veut bien. Mon fils est extrêmement soigneux et il aimerait bien reprendre l’activité. Mais pour l’instant, il faut qu’il reste dans ces études, qu’il aille au bout de ce qu’il peut faire, et après il aura droit à sa petite formation. Ceci dit, il est déjà bien opérationnel, parce qu’il est assez autonome et il a un très bon coup d’œil. Il aime les belles finitions. »

Quelles sont les qualités requises pour exercer votre métier ?

« Il faut être très observateur. Très soigneux. Après il y a des choses qui ne s’inventent pas. Il faut avoir une culture automobile bien poussée. Ce qui m’amène à avoir des résultats, c’est que depuis tout gamin, j’ai le nez dans les photos de bouquins automobiles. Aujourd’hui, on me parle d’un siège d’une voiture, sans l’avoir vu, je sais comment il est fait. Ça nécessite des années et des années de connaissances, de culture du monde de l’automobile. Il faut être extrêmement patient, très à l’écoute de ce que veut le client. »