Éleveurs de chèvres et fromagers au Barroux, Christine et Bernard sont aussi propriétaires du gîte de la colline. À ce titre, ils sont membres du réseau Accueil Paysan qui réunit paysans et acteurs ruraux assurant un accueil touristique, pédagogique et social.

Depuis quand élevez-vous des chèvres ?

« On est installé au Barroux depuis plus de trente ans. Au début, on a travaillé avec Pierre Scherrer de la ferme aux lamas, il avait des chèvres. On vend depuis toujours à la ferme. C’est un choix dès le départ. Depuis nos débuts, les attentes ont beaucoup évolué. Au départ, les clients venaient à la ferme par habitude. Maintenant, ils ont une démarche politique. »

Vous avez toujours été à cet endroit ?

« On était en bas dans une ferme dont la propriétaire est décédée. Les moines l’ont rachetée avec les terres pour installer une communauté de religieuses. La mairie du Barroux nous a soutenus à fond pour qu’ils nous rétrocèdent cette parcelle où nous sommes depuis 1984. On a tout construit tout seul. On a racheté ensuite de petits bouts de terre autour parce que c’était compliqué d’avoir des conventions de pâturage ici au début. »

En complément de votre activité d’éleveurs, vous gérez donc un gîte.

« Le gîte de la colline est ouvert toute l’année depuis 2001. C’est plus calme en janvier. Il peut accueillir quatre personnes avec un bébé pendant une semaine ou plus. On a surtout des familles avec des enfants en bas âge qui apprécient la colline et la vue superbe. On a pas mal de marcheurs, de cyclistes. En janvier, on a eu des cavaliers qui venaient d’Allemagne. On fournit le fourrage et le parcage. »

Pourquoi avoir choisi le réseau Accueil Paysan ?

« Parce qu’il convenait à notre activité d’éleveurs. La charte collait bien avec ce qu’on fait. On aime bien l’esprit. Accueil Paysan émane du réseau Peuple & Culture. Son partenariat avec les pays du sud nous intéresse. On voulait que l’accueil ne soit pas uniquement lié à l’aspect financier, et avoir une vraie relation avec les gens. Même s’ils sont en vacances, ils sont respectueux, ils savent qu’on travaille. Ils viennent voir la traite, on prend l’apéro avec eux. En plus, le réseau développe un volet social. Il fait de l’accueil à l’enfance, il aide des mamans seules. »

Comment fonctionne le réseau Accueil Paysan ?

« Pour adhérer, il faut être paysan déclaré à la Mutualité Sociale Agricole ou être acteur rural et avoir une oliveraie, un parcours botanique, un potager conséquent… Le réseau fonctionne beaucoup sur le bénévolat. Contrairement au réseau Bienvenue à la Ferme, on n’a pas des gens de la Chambre d’agriculture qui travaillent pour nous. Ce sont les adhérents qui assurent les animations. On essaye d’avoir un accueil accessible à tous. Donc, on n’est pas dans le gîte de très haut de gamme. Ce serait en décalage avec l’esprit de la ferme. J’ai longtemps été au conseil d’administration sur la région. Les assemblées générales ont lieu chez l’un ou l’autre. C’est plutôt sympa. »

Combien de chèvres possédez-vous ?

« Maintenant, on a cinquante chèvres. Notre équilibre est là. Ce sont des alpines chamoisées. On a aussi un bouc qui s’appelle Malabar. Il est très impressionnant, mais très gentil. Elles sortent tous les jours sauf quand il pleut, elles n’aiment pas l’humidité. Elles ont des bébés fin février, début mars. Des quatre-vingt-dix chevreaux qui naissent chaque année, on n’en garde que quelques-uns pour le renouvellement du troupeau. Les deux derniers mois de leur gestation, les chèvres sont au repos complet. Elles ont du boulot. La traite a lieu deux fois par jour. Elles donnent environ trois litres de lait par jour. En hiver, il n’y a ni traite ni fromage. »

Comment se répartissent les tâches à la ferme ?

« Sur l’exploitation, on a des postes définis même si on sait tout faire. Bernard est plus sur l’élevage et les tournées. On livre vingt-cinq à vingt-huit restaurants et petites épiceries à raison de deux tournées par semaine. On ne fait pas les marchés. Et moi je fais la fabrication du fromage et la vente à la ferme, du mardi au samedi soir de mi-mars jusqu’à mi-décembre. On fait à peu près deux fromages au litre, de la tomme de chèvre, de petits fromages lactiques, et des pâtes pressées un peu au printemps et pour Noël. Et je fais aussi des yaourts nature. Avec l’élevage, c’est extrêmement prenant. Le dimanche, on ne vend pas à la ferme. L’astreinte est très lourde. On va partir une semaine en vacances. On embauche un remplaçant via la Chambre d’agriculture par le Groupement d’Employeurs Départemental Agricole. »