Depuis quand avez-vous pris la direction de la station ?

« Depuis avril 2018. C’est tout récent, je remplace Florian Conil [désormais directeur du parc d’attraction Spirou de Monteux] dont j’étais le bras droit. J’ai aussi travaillé avec Benjamin Blanc [directeur avant Florian Conil et Céline Trentin]. Il y a bien quinze ans que je travaille à la station. Au début, pendant mes études, j’étais perchman sur les remontées mécaniques lors des week-ends et des vacances scolaires. Ensuite, j’ai travaillé pendant longtemps dans une cave coopérative à Séguret. J’ai fait toutes mes études dans le vin. J’ai un BTS Commerce des vins. Je m’arrangeais pour venir faire la saison d’hiver ici. »

Combien de personnes travaillent pour la station du mont Serein ?

« Depuis le départ de Florian [Conil], nous sommes trois permanents. Je travaille donc avec Julien Filliol, électricien, et Pierre Leblond, mon adjoint, qui s’occupe du terrain, de la sécurité, des pistes… Ensuite, on embauche des saisonniers. L’été, une petite dizaine. En hiver, jusqu’à vingt personnes. »

Quelles activités proposez-vous ?

« En été, l’activité principale est le dévalkart sur la piste de la Lisière, de début juin jusqu’à mi-septembre. On propose aussi de l’accrobranche aux enfants, un Air Park avec des structures gonflables, du trampoline, des balades à cheval ou en poney du centre équestre de Beaumont-du-Ventoux. On a développé la trottinette électrique cette année, une activité qui a eu beaucoup de succès. Elle se pratique sur un sentier bien défini de 5,5 km, un parcours un peu sportif. On est sur un lieu protégé, donc on ne peut pas aller partout, mélanger randonneur et trottinette. On sélectionne les pratiquants avec un parcours initiatique. On voit qui va pouvoir se lancer ou non. Parmi les autres activités, nous avons les chemins de randonnées. On a mis en place une boucle supplémentaire sur le sentier Jean-Henri Fabre. On entretient le site. L’été on est là tout le temps pour renseigner. On est là pour la protection, pour éviter que les gens fassent n’importe quoi. On est un peu les gardiens de ce coin du Ventoux. On ramasse les déchets qui trainent. On n’attend pas l’opération Nettoyons le Ventoux. »

Et l’hiver ?

« Parmi les activités, l’hiver, on a principalement le ski alpin. La station propose vingt pistes, sept remontées mécaniques et un tapis roulant dans le jardin d’enfants qui plaît énormément avec sa piste de luge et son initiation au ski. L’an dernier, le domaine skiable a ouvert dix-huit jours. Le jardin d’enfant était accessible pendant les vacances scolaires parce qu’il est équipé d’un canon à neige. On n’a pas une grosse capacité d’eau. C’est la seule piste que l’on peut enneiger avec de l’eau pluviale récupérée dans des citernes enterrées. La neige de culture se conserve mieux sauf si on a un fort redoux pendant une semaine. »

Hors saison, comment occupez-vous vos journées ?

« On ne s’ennuie pas. On a tout le démontage de nos activités d’été comme la piste de dévalkart, l’Air Park, les trampolines. On a l’entretien des téléskis, on graisse toutes les poulies même si la neige n’est pas au rendez-vous. Cette année on a eu la chance d’avoir le troupeau de moutons sur les pistes pour brouter l’herbe. Sur le bas des pistes, on passe un tracteur et le haut des pistes est traité à la débroussailleuse, à pied. On prépare bien les pistes pour pouvoir ouvrir avec un minimum de neige. Avec le départ de Florian, on a perdu beaucoup. C’était un gros travailleur. On a gardé un peu plus longtemps nos saisonniers, mais on ne peut pas remplacer quelqu’un qui connait tout. On a fait une aussi bonne saison estivale qu’en 2017 malgré quelques jours de pluie et la concurrence de la Coupe du Monde de football. »

Pour la station, quelles sont les retombées d’un passage du Tour de France au Ventoux ?

« On est fermé. On devient un parking géant. Les gens viennent se garer ici puis montent au sommet pour aller voir le Tour. C’est énorme, c’est rempli. Ça ne nous rapporte rien, mais on est dans l’organisation, on fait beaucoup de chose. Le dernier tour ça a été le branle-bas de combat [en 2016, l’arrivée a été avancé au chalet Reynard, sur le versant sud, en raison d’un violent mistral]. »

Comment êtes-vous arrivé ici ? Vous êtes née ici ?

« Je suis originaire de l’Hérault. Ce sont les hasards de la vie qui m’ont fait arriver sur le Ventoux. J’avais vingt-trois ans. Jusque là je ne le connaissais que de nom, avec le Tour de France et la station du mont Serein ne me disait rien. C’est un lieu qui m’a plu. J’y habite depuis quinze ans. Il y a un peu moins de cinquante habitants ici. C’est un petit village, on se connaît presque tous, on se donne un coup de main quand on a besoin. Après, on n’est pas très loin de la civilisation. »

Quels sont les projets de développements ?

« On continue sur la même ligne qu’avant. Le but est de développer des activités quatre saisons pour pallier le manque de neige. On espère être suivi. »

Vous avez abandonné l’idée des canons à neige ?

« C’est peut-être trop tard pour les canons à neige. On est à une altitude trop basse. L’année dernière si on avait eu des canons, on n’aurait pas pu les faire tourner plus de trois jours. Les températures n’étaient pas appropriées. Il y a aussi une histoire d’hygrométrie, de vent. On n’a pas d’eau non plus. Après si on peut augmenter notre capacité de stockage d’eau, pourquoi pas un autre canon à neige. On ne veut pas oublier l’hiver. La saison reste importante. C’est une station qui permet de s’initier au ski. On entretient le domaine pour ouvrir quand l’occasion se présente. »