Designer industriel, il assure désormais en tant que fabmanager des missions de médiation au sein de l'atelier de fabrication numérique, le fablab de la future gare numérique.

Quelles sont vos fonctions au sein du projet de gare numérique ?

« Je suis responsable du fablab de la gare numérique qui est un grand projet et qui compte aussi le camion numérique pour aller au contact des particuliers et des entreprises. En attendant l’ouverture de la gare numérique, une association de préfiguration a été créée, présidée par Roger Jacqmin. Je suis salarié de l’association qui regroupe des entreprises et des particuliers. Environ soixantaine-dix adhérents en tout. L’association est subventionnée par l’Europe, la Région. La CoVe nous aide aussi. Le camion numérique a été financé en partie par du crowfunding (financement participatif via internet). »

À quoi sert le fablab ?

« C’est un lieu d’accompagnement pour les particuliers qui souhaitent se lancer dans un projet de création et pour les entreprises qui ont besoin d’un appui méthodologique pour leur transition numérique et d’un lieu de recherche et de développement. Elles peuvent venir externaliser ici. »

Pouvez-vous nous donner des exemples ?

« Pour les particuliers, on fait beaucoup de réparations de pièces en plastique avec de l’impression en 3D, de la découpe laser. Des pièces de piscine, de stores, toutes sortes de petits mécanismes qui ont l’habitude de casser. Pour les entreprises, nous avons travaillé avec l’Atelier Bio de Provence [fabricant de pâtes alimentaires bio] pour créer de la cohésion dans leurs équipes. Le premier atelier a consisté à créer un petit objet reflétant les valeurs de l’entreprise. Il y avait trente participants. Chaque groupe devait créer un petit objet en utilisant des matériaux et des machines du camion numérique. Le prochain atelier sera plus orienté produit. »

Quels seront les usages du fablab dans la future gare numérique ?

« Ce sera toujours un lieu d’accompagnement plus en contact avec les entreprises puisque la gare numérique sera aussi une pépinière. On va susciter l’envie d’innover et essayer de faire disparaître cette peur du numérique qui supprime des emplois. Il va aussi créer beaucoup de nouveaux emplois grâce notamment au prototypage. Avant, faire un prototype coûtait des milliers d’euros. Aujourd’hui, quinze euros suffisent. Il faut ensuite une phase de test avec des utilisateurs. C’est ce que propose le fablab avec une zone de création et de rencontre. Si ça ne va pas, on peut refaire un prototype tout de suite. »

Quels métiers vont émerger selon vous ?

« Tous les métiers de la fabrication de machines numériques. Et le mien aussi. Fabmanager est un métier qui n’existait pas il y a sept ans. Il consiste à accompagner les usagers du fablab, à créer et animer des ateliers et aussi à gérer la structure. C’est vraiment un métier à multiples facettes. Ce qui me passionne, c’est l’accompagnement. Aider les projets à sortir, les entreprises à émerger, lancer un produit. La technologie numérique doit être mise à la portée de tous parce qu’elle facilite beaucoup les choses. »

Quels ateliers proposez-vous ?

« On propose des ateliers sur la robotique. On a aussi des ateliers en lien avec les entreprises de la région. Chriropo, spécialiste de la découpe laser, est venu animer un atelier sur ce thème et sur les pochoirs. On a aussi un atelier sur le Raspberry, un petit ordinateur qui ne coûte vraiment pas cher et que l’on peut transformer en console de jeu, en serveur pour la maison, ou en lecteur multimédia par exemple. On propose aussi des formations sur des logiciels 3D  ou de création graphique. Un service du fablab sera proposé aux entreprises installées dans les deux pépinières Mon Premier Bureau et Ma Première Usine, pour le prototypage et l’accompagnement notamment. »

La France compte-t-elle beaucoup de fablab ?

« Notre fablab n’est pas le premier. Quelques-uns ont des camions, mais ils ne sont pas aussi beaux que le nôtre. J’ai reçu des commerciaux d’un fabricant de machines et ils ont été agréablement surpris par notre camion dont on a conçu l’aménagement intérieur et le graphisme. »

Allez-vous compléter le parc de machines numériques ?

« Dans la gare numérique, on aura plus de place, on envisage donc l’achat d’une fraiseuse numérique pour la découpe de grandes dimensions. Une salle sera dédiée à la motion capture. On place des capteurs sur une personne et on capture ses mouvements pour les utiliser dans du film d’animation ou des jeux vidéo. L’école de jeu vidéo de Carpentras pourra l’utiliser. »

Voyez-vous des applications pour les agriculteurs du territoire ?

« Oui, on a par exemple beaucoup de demandes pour des cartes programmables qui permettent de relever des données de températures, d’hygrométrie pour pouvoir mieux travailler. Le plus dur, c’est de faire connaître ce que peut faire le fablab. Après, les gens qui sont convaincus de son bien-fondé trouvent tout de suite des applications pratiques. »